Le Livre - Nicolas Arispe
- Le Tripode - 2017 -
- Traduit de l'espagnol ( Argentine ) par Oskar -.
C'est d'abord l'illustration de couverture qui m'a accrochée, ce trait qu'il m'a semblé reconnaitre. Cet album était sur la table des éditions du Tripode, au salon de l'édition indépendante - L'autre Livre -, en novembre dernier, à Paris. L'éditeur m'a confirmé cette reconnaissance : il s'agissait du trait du l'illustrateur qui a dessiné la couverture de ce beau roman argentin intitulé L'Ancêtre de Juan José Saer. J'avais noté le nom du dessinateur de l'illustration de couverture, ravie par son dessin.
Nicolas Arispe est argentin, dessinateur, illustrateur également pour des albums jeunesse et la presse. Certains de ses albums sont traduits et diffusés en France par les éditions du Tripode, comme celui-ci Le Livre.
Ce titre est en référence au Livre, la Bible. Dans cet album, l'illustrateur interprète et transpose, notamment dans des contextes contemporains, sept récits issus de l'Ancien Testament.
Il ne s'agit pas réellement d'une BD. Cet album ressemble à un Art Book tant les dessins sont puissants. La transposition en milieu contemporain n'en fait pas un récit urbain. On dirait plutôt un récit post-apocalyptique : des paysages désolés, des personnages zoomorphes - corps humains, visages d'animaux - et peu de textes, des phrases issues de la Bible. L'interprétation est à la fois fantasmagorique, poétique et réaliste. Une autre dimension.
Je cite Nicolas Arispe qui présente, en épilogue, son histoire par rapport aux récits de la Bible, marqué et fasciné par deux visions, celle de l'illustrateur de son exemplaire " adaptée " aux enfants ainsi que celle d'un prêtre qui lui enseigna le catéchisme : "... le père Octavio Cardenas faisait souvent irruption pour apporter sa propre exégèse. Il était le curé de notre petite église Cristo Maestro ( on disait qu'il l'avait construite lui-même ), la seule qui existait dans le quartier. A chacune de ses interventions, il nous transmettait des visions mystiques et délirantes du texte biblique. "
Dans cet épilogue, Nicolas Arispe, dévoilant ses sources d'admiration-inspiration ( littéraires et artistiques ) pour chacun des chapitres, revient sur cette autre dimension, cette interprétation, notamment à propos de Jonas et du mythe du Léviathan :
" Ces deux histoires, celle de Melville et celle de Collodi, ont un principe commun qui a guidé la création de mes dessins : la transposition du récit biblique dans un autre contexte, un autre temps, pour en repenser la dialectique. En développant l'histoire de Jonas à une autre époque, les deux romans révèlent la force du récit, son universalité. "
C'est ainsi que ce sont les peuples de la banquise pour Abraham, les bédouins pour Job, un minotaure et des ruines d'arène pour Ezéchiel, une centrale nucléaire pour la Création... Peu de personnages, une solitude, un abandon peut-être. Le chapitre consacré à l'Archange Michel est graphiquement saisissant.
Les chapitres brefs, les dessins de noir et blanc, comme des gravures, épurés, du rugueux, du rude, sont éloquents. Les choix de contextes interpellent et questionnent. J'ai ressenti leur force, une violence et un malaise, une forme d'effroi parfois.
Nicolas Arispe ne provoque pas, ne pratique ou ne prône aucune foi. C'est pourtant de foi dont il nous parle avec son crayon; il me semble interroger notre foi en l'humanité, en notre humanité. Peut-être n'est-ce que mon interprétation. Quant à ce talent d'illustrateur, je suis convaincue.
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- La présentation de l'album sur le site des éditions Le Tripode ICI -
- Hispanophone ou pas, vous pouvez vous promener sur le blog de Nicolas Arispe pour découvrir ses illustrations ICI -
- Reprise du Challenge Latino avec Elletres :) -
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Commentaires
1 Dominique Le 25/01/2019
je vais voir si la bibli l'a acheté ou a prévu l'achat
2 Anne Le 25/01/2019
3 Brize Le 25/01/2019
4 Kathel Le 26/01/2019
5 Marilyne Le 26/01/2019
@ Anne : c'est certain, le dessin est très fort, surtout sur ce texte si court, juste une phrase.
@ Brize : même mot ! Va voir sur son blog, il y a les dessins de ses autres albums et pour la presse, superbes ( et tout aussi puissants ). Nous passons en mode Collection ;)
@ Kathel : sujet à risque... mais quels dessins ! ( l'abum se termine sur Jonas, magnifique ). Nicolas Arispe ne semble pas craindre les sujets difficiles, d'après ce que j'ai vu pour un autre album.
6 Annie Le 30/01/2019
7 Marilyne Le 31/01/2019
8 ellettres Le 07/02/2019
9 Marilyne Le 07/02/2019