Poètes en partance
- Poésie/Gallimard -
.
Parce que le vrai voyage commence en poésie avec Les Fleurs du Mal, voici 42 poètes en partance, du coeur du XIXème siècle au coeur du siècle dernier, soit de Charles Baudelaire à Henri Michaux. Non pas une compilation des plus baroudeurs, comme on collectionnerait les pages d’un passeport surchargé de visas, mais un recueil de ceux qui tracent leur destin en marge des balises, passent souvent les bornes, et bouleversent notre vision du monde.
- Photographie de couverture : Marc Riboud - Préface de Sophie Nadeau -
.
Cette anthologie propose une belle variété de poèmes, de poètes de langue française du XIX et XXème siècle. On y retrouve évidemment Rimbaud, Zone d'Apollinaire, Cendrars, Supervielle, de la poésie fantaisiste, de la poésie en prose. Il ne s'agit pas que de voyages réels, de récits voyageurs, mais plutôt de la palette d'émotions du départ, du " partir ", pas tant la destination.
Alors, je voudrais partager avec vous un Départ, celui d'Emile Verhaeren ( issu du recueil Les Campagnes hallucinées ). Ce poème est long, narratif, je vous invite à le lire ICI.
En voici l'une des dernières strophes :
Ainsi s’en vont bêtes et gens d’ici,
Par le chemin de ronde
Qui fait dans la détresse et dans la nuit,
Immensément, le tour du monde,
Venant, dites, de quels lointains,
Par à travers les vieux destins,
Passant les bourgs et les bruyères,
Avec, pour seul repos, l’herbe des cimetières,
Allant, roulant, faisant des nœuds
De chemins noirs et tortueux,
Hiver, automne, été, printemps,
Toujours lassés, toujours partant
De l’infini pour l’infini.
.
.
Ce sont les motifs du voyage, motif dans tous les sens du terme, un lointain, un ailleurs. Souvenez-vous, le poète est un Voleur de feu... il voit, dévoile, libère. Partir pour
non, non, pas acquérir.
Voyager pour t'appauvrir.
Voilà ce dont tu as besoin.
- Henri Michaux - Poteaux d'angle -
.
Henri Michaux qui nous appelle :
Emportez-moi
Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.
Dans l'attelage d'un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.
Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.
Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
.
.
Comme l'écrit Guy Goffette dans Partance : " Avant, je rêvais de partir pour partir et revenais toujours. Je pars sans bouger à présent, et il n'y a pas de retour. On ne part pas, écrivait Rimbaud, ce qui pourrait s'entendre aussi par : on ne cesse de partir, et les vrais voyages ne sont pas ceux qu'on croit. "
Arthur Rimbaud, donc :
L'Eternité
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.
Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.
Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.
Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.
Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.
.
.
Paul Eluard, toujours.
L'aventure
Prends garde c'est l'instant où se rompent les digues
C'est l'instant échappé aux processions du temps
Où l'on joue une aurore contre une naissance
Bats la campagne
Comme un éclair
Répands tes mains
Sur un visage sans raison
Connais ce qui n'est pas à ton image
Doute de toi
Connais la terre de ton cœur
Que germe le feu qui te brûle
Que fleurisse ton œil
Lumières.
- Les Mains libres - 1937 -
.
- Les sculptures sont de l'artiste Marc Perez. Son site, qui s'ouvre sur une citation de F.Pessoa " Je n'évolue pas, je voyage... " - ICI -
Charles Juliet écrit de son oeuvre : " S'alléger du poids du monde et de sa mémoire, en cherchant toujours plus d'équilibre et de lumière... "
.
- Rendez-vous poétique avec Anne qui vous présente un recueil de Jean-Pierre Siméon A l'intérieur de la nuit -
*
Ajouter un commentaire
Commentaires
1 A_girl_from_earth Le 01/02/2022
marilire Le 02/02/2022
2 Anne Le 02/02/2022
marilire Le 02/02/2022
3 Aifelle Le 02/02/2022
marilire Le 02/02/2022
4 Dominique Le 02/02/2022
En ce moment je lis des poèmes d'Edith Bruck rescapée d'Auschwitz et les poèmes écrits en détention par les grecs victimes des colonels
la poésie est partout : belle avec la nature parfois noire avec l'homme et parfois nous ouvrant la porte des rêves
merci à toi et à Anne pour ces rendez vous
marilire Le 02/02/2022
5 Tania Le 07/02/2022
Merci pour ces poèmes & pour les photos de sculptures - je me suis demandé si elles étaient de Jephan de Villiers avant de découvrir le nom de Marc Perez que je ne connaissais pas, qui semble de la même famille d'artistes.
marilire Le 08/02/2022