Dis-moi ma vie
Quelques poèmes issus du recueil Dis-moi ma vie de Pierre Seghers
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- Editions Bruno Doucet - 2019 -
Pierre Seghers ( 1906-1987 ) a été poète, traducteur, résistant et éditeur de poésie.
En 1939, il crée la revue P.C.39, Poètes Casqués. En 1940, la revue devient Poésie 40 où sont publiés les poètes de la Résistance, tels Paul Eluard et Louis Aragon. Il participe à des éditions clandestines, notamment aux éditions de Minuit. En 1944, il a créé la collection Poètes d'aujourd'hui, publiant des monographies permettant de découvrir les poètes contemporains, fondant les éditions Seghers cette même année ( éditions rachetées en 1969 par les éditions Robert Laffont ). En 1983, il est le co-créateur de la Maison de la Poésie à Paris.
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Ce recueil Dis-moi ma vie, fut publié en 1972 à Bruxelles, un recueil introspectif.
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Laisse passer le monde
en d'autres se rêvant
Laisse glisser le temps sur ses miroirs. Sa trace
est celle de l'oiseau dans son vol, du caillou
jeté du haut de la falaise, une transparence absolue
Un oeil de quartz où le temps passe. Ni les idoles ni les vents
ne renverseront ces décors. Dans le désert, c'est un théâtre
où nous jouons, où nous improvisons nos rôles
depuis toujours écrits. Nous inventons depuis Summer
des épaisseurs d'ombres chinoises
pour nous regarder un instant.
La salle est vide
Une répétition sans fin. On croit y voir en s'y cherchant
sur le plateau qui roule un grand fleuve de foule
charriant son limon. D'autres viennent
qui entrent, répètent aussi et s'en vont.
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Je suis celui
d'un seul moment qui durera toute la vie
Eclair, éclat, le miroitement d'un instant
Un ricochet sur une autre peau,
le rebond d'un galet qu'emporte
un torrent, le temps des lèvres sur le temps.
Je ne suis rien que la durée insaisissable d'une poussière
Pas de limite sur ce point
Imperceptible, irrécupérable, dans les trombes des Voies lactées
Rien ne me justifie, sinon d'être. Je passe
je reviens et m'efface et je réapparais
toujours le même, un blé venu des sarcophages
né pour ensemencer et faire d'autres grains
du secret qui n'est rien, un homme, une misère...
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N'écoute plus le vent
qui passe, il est mémoire des dormants
Les cimetières des églises sont des étraves de lumière
dans le silence d'un périple. On y accède par un sentier
entre la folle avoine, quelques lavandes, des orties.
N'écoute plus le vent qui passe. Chacun porte en lui sa musique
ses voix, son vieux destin, toute sa compagnie
qui l'émerveille et le déçoit. Chacun n'écoute que lui-même
jusqu'au sentier où, cahotant, et mal arrimé sur son bât
Le dormant passe, c'était le vent, c'était la vie.
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Commentaires
1 krol Le 03/05/2020
"Je ne suis rien que la durée insaisissable d'une poussière" on devrait se répéter ça tous les matins au réveil... ça rendrait humble.
marilire Le 05/05/2020
2 Anne Le 03/05/2020
marilire Le 05/05/2020
3 Tania Le 04/05/2020
Merci pour ces poèmes, j'aime particulièrement ceci : "Rien ne me justifie, sinon d'être."
marilire Le 05/05/2020
4 Lilly Le 07/05/2020
marilire Le 08/05/2020