Paroles Perdues - Alexandre Romanès
Avec Lili, nous vous proposons un rendez-vous poétique chaque premier lundi du mois, au gré de nos lectures.
- Gallimard - 2004 -
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Tu as peut-être pleuré comme un enfant
mais ils n'ont pas cédé,
ils t'ont envoyé à la mort en riant.
Toi, tu voulais d'abord briser
la terrible fascination des hommes
pour le mal. Moi, plus modestement,
j'aimerais pouvoir décrire
chaque aspérité du coeur et du ciel.
Mais qui sait, de tout ça,
peut-être qu'il ne restera rien.
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Alexandre Romanès est le fondateur du cirque tzigane qui porte son nom. Fiston et moi avons assisté avec bonheur à ce spectacle joyeux, musical, drôle, à une époque qui ne l'était pas, drôle, pour la famille Romanes. Le cirque subissait des malveillances à répétitions ( fils électriques sectionnés, vol de costumes... ), malveillances destinées à les déloger. Comme ça, avant le spectacle, Fiston a eu une démonstration de ce qu'on appelle le racisme ordinaire. Il n'a pas compris et il a bien compris.
Nous avons donc vu le spectacle sans les costumes. Et il était très bien ce spectacle ( et les beignets proposés à la fin aussi bons ). Je crois que cette absence de paillettes en a rendu l'atmopshère encore plus complice. Et costumes ou pas, les acrobaties des jeunes Romanes étaient tout-à-fait impressionnantes.
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Alexandre Romanès est un homme libre, et il est poète. Ses recueils sont publiés aux éditions Gallimard ( Un peuple de promeneurs - Paroles Perdues - Sur l'épaule de l'ange ).
Je vous livre ses mots d'introduction : " Pourquoi j'ai écrit ? L'écriture n'est pas une tradition gitane. La poésie me semblait trop haute pour moi, inaccessible, et puis la vie je voulais la vivre, pas l'écrire. Je m'étais fait une raison, mais pas le ciel. Lentement, au rythme des saisons qui passent, j'ai rempli un cahier d'écolier. Ce que je sais, c'est qu'il y a des poètes que j'admire. Peut-être que je n'ai pas supporté de les voir passer. J'ai voulu être l'un des leurs. "
Dans Paroles Perdues, les poèmes sont courts, comme des évidences, des mots sans fioritures, des pensées nomades qui raisonnent-résonnent, des images désenchantées, un solitude face au monde, une incompréhension face à l'ambition, à l'arrogance d'une société matérialiste et individualite. Sur les pages, il y a Dieu, les enfants, le gitan, la mort, et le ciel au-dessus, toujours, en partage. Alexandre Romanès nous invite à lever les yeux.
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La main qui se laisse prendre
est la plus belle,
et tous ceux qui ne voent pas
d'abord le ciel s'enterrent.
Moi, j'ai toujours été vers les autres,
mais eux, il faut croire
qu'ils avaient mieux à faire.
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Comme un ciel lourd et embué
le monde avance et fait ce qu'il peut.
Moi, j'admire l'oiseau magnifique
qui s'élève dans le ciel
et le geste impeccable
qui va droit au coeur.
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J'irai à Dieu sans tache
mais pas sans regret
Le temps qu'on met
à comprendre,
et pourtant
tout est si simple.
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En 2016 est paru aux éditions de L'Archipel Les corbeaux sont les gitans du ciel , un récit de souvenirs ( de l'enfance, de sa famille Bouglione, de sa culture tzigane, de sa rencontre avec la poésie, avec les poètes qui sont devenus ses amis dont Jean Genet et Christian Bobin ).
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Commentaires
1 Anne Le 07/05/2018
2 Lili Le 07/05/2018
3 Marilyne Le 08/05/2018
@ Lili : c'est le jeu, c'est le parcours découverte.