Terra Alta - Javier Cercas
- Actes Sud - mai 2021 -
- Traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic & Karine Louesdon -
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J'étais très curieuse de cette publication de Javier Cercas " différente " de ces précédents romans, dans la mesure où il donne à celui-ci des allures de polar, de roman noir, et qu'il est annoncé en trilogie.
Dans l'absolu, il s'agit bien d'une enquête sur un triple meurtre monstrueux dont les victimes sont un couple âgé, les époux Adell, et l'une de leur domestique. Monsieur Adell est un notable, propriétaire d'une usine, notamment, qui génère l'emploi dans sa région de Terra Alta, au sud de la Catalogne, terre de la bataille de L'Ebre.
" ... ici, c'est une terre inhospitalière, très pauvre. Elle l'a toujours été. Une terre de passage où ne restent que les gens qui n'ont d'autres solutions que de rester, ceux qui n'ont aucun autre endroit où aller. Une terre de perdants. Personne n'aime cette comarque, c'est ça la vérité, et la preuve en est qu'on se souvient de nous uniquement quand il faut nous bombarder. Pour quoi nous connaît-on en dehors d'ici ? Pour la bataille la plus féroce qu'a connu ce pays, pour une tempête de feu comparable à un châtiment biblique, une apocalypse qui a tué des jeunes gens venus du monde entier. "
Toutefois, le récit se concentre sur l'enquêteur, un personnage marginal. Le prénommé Melchor ( en référence à l'un des rois mages ), à peine trentenaire, a déjà une longue histoire derrière lui, de l'autre côté de la justice. Fils d'une prostituée, en quête identitaire, notamment du père, il a pris dès l'adolescence le chemin de la haine, de la colère, de la délinquance puis du banditisme jusqu'à être membre d'un cartel. Arrêté, il découvre en prison la lecture avec Les Misérables de Hugo. Le roman est une révélation, une bible, qui va transformer sa vie. Il s'identifie tour à tour à Jean Valjean puis au policier Javert. Soutenu par un avocat équivoque auquel il n'ose pas poser de questions précises quant à ses motivations, il reprend ses études pour intégrer lui-même la police.
En chapitres alternés pour la première partie de ce roman, nous est racontée l'histoire de Melchior jusqu'à son arrivée en Terra Alta, dans un village paisible où il se marie et devient père. Il s'agit donc d'un récit de quête, initiatique, plus que d'enquête. Lors de ses premières années dans la police à Barcelone, Melchor discret sur son passé, enquête seul, sans autorisation, sur un dossier enterré sans qu'il ait abouti à une résolution, celui de sa mère, assassinée pendant sa détention. J'ai pensé au récit de Ellroy Ma part d'ombre.
Le rythme s'accélère en seconde partie, sacrifiant au genre, toujours parsemé d'hommages-références à la littérature classique, aux grands romans XIXème-XXème ( facilités par le personnage de l'épouse bibliothécaire ). Le roman s'attarde également sur la notion de justice. Comme il est cité dans le livre et sur la quatrième de couverture, Melchor partage le dilemme de Jean Valjean : “ Rester dans le paradis et y devenir démon ! Rentrer dans l’enfer et y devenir ange ! ”. D'autres choix seront nécessaires, plusieurs pages de jeunesse se tournent. Je comprends pourquoi d'autres tomes sont prévus.
Si ce roman se lit facilement, s'il est prenant, il est une déception pour moi, d'abord parce que l'intrigue liée au meurtre n'a présenté aucun mystère pour moi ( et pourtant je ne suis pas particulièrement perspicace quand je lis un polar ), ensuite parce que l'auteur s'appelle Javier Cercas, j'attends un peu plus d'un roman signé de son nom.
Ce roman m'a semblé manquer de souffle et de profondeur ( peut-être les thèmes seront développés à nouveau dans les prochains opus ) sur son style convenu, bavard ( avec des répétitions mot pour mot sur certaines expressions, dommage ) même s'il revient sur un sujet récurrent dans les romans de l'auteur, les séquelles de la guerre civile. Jusqu'ici mes lectures de Javier Cercas - que j'ai découvert avec le roman A la vitesse de la lumière - étaient marquantes, notes et marque-pages laissés entre les pages pour preuves, notamment le dense et magnifique roman Le monarque des ombres qui répond magistralement à celui intitulé Les soldats de Salamine -
- Une rencontre avec Javier Cercas ICI -
- Le billet de Kathel -
- En mai dernier est paru le second volume de Terra Alta.
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Curieuse, je lirai ce second opus, aussi parce que j'ai l'impression qu'en ce moment, je ne suis peu réceptive aux romans, impatiente, peut-être en regard de mes ( trop ? ) nombreuses lectures non-fictionnelles parallèles, de mes ( trop ) nombreux déplacements. Aurais-je besoin d'une pause ( pour reprendre les chroniques longues... ;)) ?
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Commentaires
1 Ingannmic Le 20/06/2022
marilire Le 21/06/2022
2 Dominique Le 21/06/2022
marilire Le 21/06/2022
3 Kathel Le 21/06/2022
Toutefois, je ne me suis pas précipitée sur le deuxième, même si je suis allée écouter l'auteur à Saint-Malo, et je ne pense pas spécialement à le lire.
marilire Le 25/06/2022
4 A_girl_from_earth Le 22/06/2022
marilire Le 25/06/2022
5 Jourdan Le 22/06/2022
Les lois de la frontière était très bien.
marilire Le 25/06/2022