Sous la maison - Jesse Jacobs
- Editions Tanibis - septembre 2018 -
- Traduit de l'anglais ( Canada ) par Madani -
.
Fascinante et audacieuse BD au graphisme psychédélique pour laquelle j'ai craqué en fin d'année, trop curieuse. Je ne regrette pas mon choix même si la lecture est dérangeante, ou plutôt déstabilisante, par le propos, par le graphisme.
Il s'agit d'un conte moderne. On pourrait penser à Alice, de l'autre côté du miroir. Une jeune fille, Daisy, découvre un passage permettant d'accéder à un autre monde dans la machine à laver familiale installée à la cave. Elle partage sa découverte avec une camarade de lycée. Ensemble, elle explore ce monde onirique mouvant, hallucinant et halluciné, aux créatures étranges, qui leur procure des émotions et des sensations troublantes. Elles explorent de plus en plus, de plus en plus souvent. Jusqu'à ce que la nouvelle amie en parle à d'autres. Qui viennent, envahissent. Le monde, d'étrange, devient inquiétant, hostile.
Le graphisme rend parfaitement l'étrangeté, l'onirisme et la tension latente, c'est bien l'image qui est narrative, bien plus que les quelques dialogues, nous immergeant dans les pages que le lecteur explore également. L'univers réel apparaît en géométrie de noir&blanc en contraste fort face à la débauche de couleurs et de formes de " l'autre monde ". Ces formes et ces couleurs imprègnent - au sens propre - les personnages à chacun de leur retour, de plus en plus, de plus en plus longtemps.
De multiples interprétations sont possibles à la lecture de cet album. Il y a la découverte d'une autre dimension, que l'on pourrait qualifier de spirituelle; il y a - pragmatique - la description d'une adolescente aux prises avec la drogue et le monde artificiel pour fuir la monochromie sombre du réel ( Daisy vient d'arriver dans cette ville, elle se sent seule, un peu perdue ); il peut y avoir aussi le refus de la perte de l'enfance, de son imaginaire.
L'interprétation est-elle nécessaire ? Il me semble que c'est justement cette multiplicité du sens sur la créativité et la surprise graphique qui est particulièrement intéressante, ainsi que l'évolution de ces formes et créatures, qui, le lecteur le comprend au fil de la lecture, sont en empathie avec l'esprit du voyageur.
.
.
.
.
Jesse Jacobs est canadien. Il s'agit de son troisième album. Sous la maison est publié en français par une petite maison d'édition fondée en 2000 aux choix éditoriaux intrigants qui méritent l'attention, tout comme cet album.
Une autre bonne surprise, après lecture : cet album fait partie de la sélection officielle du Festival de la BD d'Angoulême 2019 ( dans laquelle on trouve également le tout aussi fascinant graphiquement album de Brecht Evens Les Rigoles ).
- Plus de visuels sur la page consacrée à cet album sur le site des éditions Tanibis ICI -
*
Ajouter un commentaire
Commentaires
1 Kathel Le 09/01/2019
2 Marilyne Le 10/01/2019
3 Dominique Le 10/01/2019
4 Marilyne Le 10/01/2019
5 keisha Le 10/01/2019
(et ensuite des taxis, le temps d 'écrire le commetnaitre, je file!)
6 Jerome Le 10/01/2019
7 Ada Le 10/01/2019
8 Marilyne Le 11/01/2019
@ Jérôme : non, pas malheureusement, les goûts et les couleurs ( et là, les couleurs, c'est le cas de le dire :))
@ Ada : c'est ça, une expérience de lecture. Exactement, fascinant, je n'ai pas pu résister.