Olga - Bernhard Schlink
- Gallimard - Du monde entier - 2019 -
- Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary -
L'est de l'empire allemand à la fin du XIXe siècle. Olga est orpheline et vit chez sa grand-mère, dans un village coupé de toute modernité. Herbert est le fils d'un riche industriel et habite la maison de maître. Tandis qu'elle se bat pour devenir enseignante, lui rêve d'aventures et d'exploits pour la patrie. Amis d'enfance, puis amants, ils vivent leur idylle malgré l'opposition de la famille de Herbert et ses voyages lointains. Quand il entreprend une expédition en Arctique, Olga reste toutefois sans nouvelles. La Première Guerre mondiale éclate, puis la Deuxième. A la fin de sa vie, Olga raconte son histoire à un jeune homme qui lui est proche comme un fils.
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Une belle lecture, pudique, sensible et forte. Il faut lire l'histoire d'Olga, une histoire de femme qui en dit beaucoup sur la condition féminine au début du XXème siècle, qui en dit autant sur l'Allemagne, qui dit la femme face à la loi et la folie conquérante des hommes. Ce roman raconte bien plus qu'une histoire d'amour, c'est aussi une histoire de nationalisme ainsi qu'un portrait intime d'une femme lucide et fidèle, à un homme, à ses convictions et ses choix.
En trois parties, sur des chapitres courts, la forme de la narration est classique : la première partie, la plus longue relate la vie d'Olga. Le ton et le style peuvent paraître froid, factuel, il y a de l'implacable dans cette façon d'énoncer les faits, c'est cette limpidité sans pathos qui donne aux pages leur puissance d'évocation. Et, comme Olga, nous attendons, nous pensons silencieusement. La seconde partie est celle d'un narrateur ayant connu Olga dès l'enfance alors qu'elle-même était déjà âgée, c'est leur relation particulière en confidences qui dure jusqu'au décès de notre héroïne alors qu'il est étudiant. En troisième partie, comme en épilogue, ce sont les lettres d'Olga, ses mots qui nous racontent tout. Il n'y a pas d'effet de surprises, de retournement de situation, et s'en est d'autant plus touchant.
Lire Olga, dans cette dernière partie, m'a émue. Cette femme avait pris corps et âme durant la lecture. L'écriture fine nous emmène au coeur des personnages tout en retraçant le XXème siècle allemand, comme en écho; le début du siècle avec le colonialisme et son racisme, les grandes expéditions d'exploration, les classes sociales. ( Saviez-vous qu'une institutrice, si elle se mariait, était contrainte de quitter son emploi, une femme mariée n'exerçant pas de profession ? ). Je crois que ce qui m'a le plus attachée à ce récit, hors le contexte historique, c'est la tendresse envers les personnages, sur la sobriété de l'écriture.
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" La tristesse d'Olga n'était pas le deuil de ce qu'il y avait eu et qu'il n'y aurait plus entre la grand-mère et elle, mais le deuil de ce qu'il n'y avait pas eu. C'était aussi le deuil des vies non vécues des jeunes hommes morts à la guerre, et de la vie qu'Herbert et elle n'aurait jamais. Pour la première fois, tout était réel : la perte, l'adieu, la douleur, le deuil. Elle se mit à pleurer et ne put plus s'arrêter. "
" Elle estimait que c'était avec Bismarck que le funeste malheur avait commencé. Depuis qu'il avait assis l'Allemagne sur un cheval trop grand pour qu'elle pût le chevaucher, les Allemands avaient tout voulu trop grand. "
" Face à la neige et à la glace, aux armes et à la guerre, là vous vous sentez à la hauteur, vous les hommes, mais pas face aux questions d'une femme. "
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Bernhard Schlink s'est inspiré d'une histoire et d'un personnage réel, celle de l'explorateur Herbert Schröder Stranz " officier allemand et explorateur des régions polaires " disparu en 1912, pour inventer son personnage féminin Olga. Un article de l'Express ICI .
- Le billet de Krol ICI -
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Commentaires
1 maggie Le 01/09/2019
marilire Le 01/09/2019
2 Kathel Le 01/09/2019
Quant à Bernhard Schlink, je compte bien lire ce roman, c'est une valeur sûre, et plus encore que Le liseur, j'avais aimé Le week-end...
marilire Le 01/09/2019
3 niki Le 01/09/2019
HS = formidable la nouvelle présentation, très "class"
marilire Le 01/09/2019
4 Autist Reading Le 01/09/2019
Schlink, à la lecture du Lecteur, m'a laissé un sentiment de malaise qui reste associé à son nom... Du coup, si ton billet est vraiment tentant, je m'interroge....
marilire Le 02/09/2019
5 Krol Le 01/09/2019
marilire Le 02/09/2019
6 Anne Le 01/09/2019
marilire Le 02/09/2019
7 Aifelle Le 02/09/2019
marilire Le 02/09/2019
8 Goran Le 02/09/2019
marilire Le 02/09/2019
9 Dominique Le 02/09/2019
un billet à paraitre un de ces jours mais je suis toujours un peu paresseuse
marilire Le 02/09/2019
10 Jérôme Le 03/09/2019
marilire Le 03/09/2019
11 Annie Le 03/09/2019
marilire Le 03/09/2019
12 Lili Le 07/09/2019
PS : Plaisir de te relire aussi ;)
marilire Le 07/09/2019
13 Alys Le 08/09/2019
marilire Le 08/09/2019
14 Tania Le 03/10/2019
marilire Le 04/10/2019
15 Eeguab Le 04/11/2019
marilire Le 04/11/2019