Narcisse et Goldmund - Hermann Hesse
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- Traduit de l'allemand par Fernand Delmas -
C’est dans l’Allemange du Moyen Âge que Hermann Hesse, prix Nobel de littérature, a situé l’histoire du moine Narcisse et de Goldmund, enfant très doué qu’on lui a confié et auquel il s’attache. Il sent que sa vocation n’est pas le cloître et l’aide à choisir sa voie.
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Ce roman n’a rien d’un roman historique, il est philosophique. Le Moyen Âge n’en est pas le sujet, la religion non plus.
La spiritualité est présente, par le personnage du moine, par l’art sacré, mais il s’agit d’une réflexion sur la vie, le sens de la vie.
Nous suivons Goldmund, son existence et ses exigences : l’enfance et adolescence au monastère puis sa vie d’errance, de vagabond. Goldmund recherche une plénitude qu’il semble trouver dans cette liberté de l’errance, malgré la précarité de sa situation, refusant de s’attacher, de s’emprisonner dans un modèle, dans une matérialité. Il se donne aux femmes, à la nature.
« Une fois encore la glace s’en allait au fil de l’eau, une fois encore, sous le feuillage pourrissant, les violettes embaumaient, et Goldmund avait repris sa course errante à travers la diversité des saisons, buvant de ses yeux insatiables les forêts, les montagnes, les nuages...»
Très tôt, il est sensible aux images, aux sculptures, à la beauté des paysages, de l’instant. Cette sensibilité nous dévoile sa vocation d’artiste. Quelques années, il devient sédantaire auprès d’un maître, parvient à créer mais la position de compagnon ne lui convient pas - « ce bonheur satisfait des autres » - . L’art ne vaut qu’inspiré, si l’artiste respire. Au bout de son errance, Goldmund retrouvera Narcisse.
Ce roman relève à la fois du roman d’apprentissage et du roman picaresque. Les descriptions, les réflexions, les méditations, s’enchaînent comme s’enchaînent les péripéties des vagabondages de Goldmund, les rencontres pas seulement galantes.
C’est aussi un magnifique roman d’amitié. Bien que Narcisse soit le professeur de Goldmund au cloître, ils ont peu d’années d’écart. Ils sont à la fois très proches et contraires, comme si le premier était l’intellect, le moine ne vivant que pour l’étude, et l’autre l’âme; l’un pensée pure, l’autre sensibilité et sensualité.
« ... et tous deux avaient reçu du destin une mission particulière»
Ils semblent représenter chacun une facette humaine. Plutôt que contraires, ils sont complémentaires. Leurs retrouvailles révèlent l’égalité de leur relation dans ce que chacun a apporté à l’autre. La densité de leurs échanges sont prenants, réflectifs.
« - Je crois, dit-il, qu’un pétale de fleur ou un vermisseau sur le chemin contient et révèle beaucoup plus de choses que tous les livres de la bibliothèque entière. Avec des lettres et des mots on ne peut rien dire. Parfois j’écris une lettre grecque quelconque, un thêta ou un oméga, et je n’ai qu’à tourner un tout petit peu la plume; voilà que la lettre prend une queue et devient un poisson et évoque en une seconde tous les ruisseaux et tous les fleuves de la terre, toute sa fraîcheur et son humidité, l’océan d’Homère et les eaux sur lesquelles marcha saint Pierre, ou bien la lettre devient un petit oiseau, dresse la queue, hérisse ses plumes, se gonfle, rit et s’envole. Eh bien, Narcisse, tu ne fais sans doute pas grand cas de ces lettres-là ? Mais je te le dis, c’est avec elles que Dieu a écrit le monde.
- J’en fais grand cas au contraire, dit tristement Narcisse, ce sont des lettres magiques, on peut avec elles conjurer tous les démons. Ah ! pour ce qui est de faire avancer la science, elles sont sans intérêt. L’intelligence aime ce qui est fixe, ce qui a forme; elle veut pouvoir se fier à ses signes, elle aime ce qui est, non ce qui est en devenir; le réel et non le possible. Elle ne tolère pas qu’un oméga devienne un serpent ou un oiseau. L’intelligence ne peut pas vivre dans la nature, mais seulement en face d’elle...»
La plume de Hermann Hesse dans ce roman est particulièrement fine quant aux émotions, évocatrice quant aux descriptions, puissante quant à cette quête si profondément humaine du sens, d’une harmonie, d’une réconciliation avec la vie.
En lisant ce roman, j’ai pensé à deux précédentes lectures d’Hermann Hesse : dans le choix d’errance de Goldmund, j’ai retrouvé le Knulp, dans sa part d’enfance et de rêve, j’ai retrouvé l’esprit des Contes merveilleux.
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Commentaires
1 Des Livres Rances Le 29/11/2022
marilire Le 30/11/2022
2 A_girl_from_earth Le 29/11/2022
marilire Le 30/11/2022
3 doudoumatous Le 30/11/2022
marilire Le 30/11/2022
4 Livr'escapades Le 30/11/2022
marilire Le 30/11/2022
5 Kathel Le 30/11/2022
marilire Le 30/11/2022
6 Dominique Le 30/11/2022
c'est un écrivain que j'aime énormement
je te recommande ses livres sur les livres , et aussi l'Ornière un roman très court mais tellement fort
marilire Le 30/11/2022
7 Cléanthe Le 30/11/2022
marilire Le 01/12/2022
8 Céline Le 02/12/2022
marilire Le 05/12/2022
9 L'ourse bibliophile Le 03/12/2022
marilire Le 05/12/2022
10 Patrice Le 14/12/2022
marilire Le 15/12/2022
11 Lilly Le 18/12/2022
12 Fanny Le 31/12/2022