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J'appelle mes frères - Jonas Hassen Khemiri
- Actes Sud - avril 2014 -
- Traduit du suédois par Marianne Ségol-Samoy -
Une voiture piégée explose dans le centre de Stockholm, semant la panique générale. La police sillonne la ville à la recherche d'un coupable et les habitants sont en proie au doute. Amor, un jeune homme issu de l'immigration, arpente discrètement les rues en essayant de ne pas se faire remarquer. A la recherche d'un anonymat devenu impossible, il est hanté par ce qu'il ressent comme une méfiance accrue à l'égard des "gens comme lui". Il appelle ses frères pour les mettre en garde : planquez-vous, fondez-vous dans la masse, ne vous faites pas remarquer - ça va commencer. Le sentiment d'insécurité qui s'insinue peu à peu en lui et le prend en otage finit par devenir tellement oppressant qu'il va jusqu'à douter de sa propre innocence...
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Jonas Hassen Khemiri est dramaturge. Son talent y est évident à la lecture de ce roman publié également en pièce de théâtre. Un texte fort, sec, direct, empoignant. On l'écoute Jonas Hassen Khemiri autant que l'on le lit.
Si ce texte relate à la façon d'un monologue intérieur le trouble du narrateur - Amor, issue de l'immigration, étudiant à Polytechnique - déstabilisé par l'attentat, il est écrit en cinq chapitres - cinq scènes - dont chacun renvoie à un moment sur un temps resseré, une journée. Ce récit, c'est le souffle de la déflagration qui ne laisse pas souffler, il assaille par son rythme, par la tension, par les silences entre les lignes et les mots, par ces Je et Tu, ce Tu qui pourrait bien être parfois Amor ou son lecteur-auditeur; ce récit, ce sont les éclats de verre réfléchissant sur le trottoir. Pour chacun de ces chapitres, un personnage interagissant avec le narrateur à travers une conversation téléphonique. Sur les pages, se mêlent les échanges de paroles, les pensées de Amor, ses angoisses, sa rancoeur, des passages tourmentés, l'expression d'une violence envers lui-même, envers les autres, fantasmée.
Un récit de voix et de regards, le récit d'un rapport au monde, à la société européenne et à l'histoire de l'immigration, de l'intégration; l'histoire d'Amor, celle du racisme " ordinaire "et des départs, une histoire d'amour et des histoires de haine.
Ce texte, on le reçoit d'un coup, sur le vif, on le lit d'un coup, il claque. Y est posée la question de l'identitée, liée à l'immigration certes, mais aussi de l'appartenance, celle à un groupe; la fraternité, une reconnaissance par-de la fraternité même si le narrateur lui-même s'y laisse prendre, s'y trompe, s'y perd, celle-ci encore trop liée à l'apparence... et à la culpabilité. Quelle culpabilité ?
Un texte aussi magistralement mené que écrit.
" Parce que nous ne sommes pas comme eux. Nous n'avons pas la nostalgie d'un passé hypocrite. Nous entrons la tête haute dans un avenir sans frontières strictes en sachant fermement qu'on ne peut pas remonter le temps !
Répétez-vous à vous-mêmes :
Nous n'avons pas peur.
C'est vrai, non ? Non ? "
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- Avec un grand merci à In Cold Blog par qui j'ai découvert ce livre. Son billet ICI -
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" S'aggripper à la haine, c'est comme empoigner un charbon ardent pour le jeter sur quelqu'un d'autre : c'est vous qui vous brûlez."
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Commentaires
1 Noukette Le 23/08/2014
2 Mior Le 23/08/2014
3 keisha Le 24/08/2014
4 Marilyne Le 24/08/2014
@ Mior : à découvrir, c'est certain. Quelle écriture, une véritable voix.
@ Keisha : tu te doutes que je l'ai bien noté ! ( je pense à toi en ce moment, je relis W.Stegner :) )
5 Lystig Le 24/08/2014
jouant encore avec le je/tu, et plus "les papas et les mamans"
6 Yohan Le 24/08/2014
Comme Keisha, j'ai lu du même auteur Montecore un tigre unique que j'avais beaucoup aimé. Un nouvel ouvrage que je note dans mes tablettes ! Merci !
7 Asphodèle Le 24/08/2014
8 Marilyne Le 24/08/2014
@ Yohan : salut :-). La découverte de ce nouveau texte revient à notre ICB. J'aurai dû me douter que tu connaissais déjà cet auteur ^^
@ Asphodèle : pour les extraits et achever de te convaincre, je t'invite à lire le billet de ICB s'il n'est pas encore lu, il en propose plusieurs. ( je ne préfère pas savoir combien de billets je ne lirai pas, ne suivant plus grand chose depuis mi-juillet )
9 keisha Le 25/08/2014
10 Marilyne Le 26/08/2014