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El ultimo lector - David Toscana
- Collection poche Zulma -
- Traduit de l'espagnol ( Mexique ) par François-Michel Durazzo -
Dans le petit village d'Icamole, au nord du Mexique, Remigio découvre au fond d'un puits le corps d'une fillette inconnue. Ce qui pourrait rester un simple fait divers devient matière à un océan de fictions et d'imbrications romanesques : car c'est à la lumière des romans qu'il lit avec autant de fureur que de délectation que Lucio, le bibliothécaire du village, mène l'enquête. Laquelle le conduit sur les traces d'Herlinda, sa femme disparue, qu'aucune lecture n'aura pu lui restituer.
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Comment qualifier un tel roman ? Roman des romans, ceux de papier, ceux de la vie. Sur ces pages vertigineuses la frontière entre réel et fiction est abolie, reniée, nous sommes à celle du réalisme magique - je n’ai pu m’empêcher de songer à mes propres lectures des romans de G.Garcia Marquez -, la réalité est un absolu qui est écrit, qui est à lire. Un roman de racines et d’amour sur cette terre asséchée, de filiation par le sang, par la littérature, un roman d’échos et de vérités.
Le récit ne relève pas de l’enquête, pas de suspense – ce qui est en suspens plutôt -, ni de la chronique villageoise, elle se lit en filigrane, en pittoresque, comme se croise l’histoire politique mouvementée du Mexique, histoire réécrite à chaque génération pour qu’à son tour elle devienne fiction, légende. Ce récit est un huis-clos à trois personnages, le père, le fils, la mère ou le bibliothécaire aussi obstiné qu’abandonné, l’homme orphelin qui enterre une petite fille, la dame à l’enfant ; un huis-clos de verre et de miroirs, une réflexion sur la place et le rôle du roman, sur l’écrivain et l’édition en reflet.
A l’image de Lucio, autopromu dépositaire des lectures des habitants d’un village qui ne franchissent pas la porte de son local, la narration mêle les romans qui s’en mêlent. Tout est écrit, tout doit l’être, devrait l’être. Des nombreux livres cités, aucune référence précise, aucune ponctuation permettant de les distinguer sur la page. Quelques noms d’auteurs et des scènes relues, interprétées, suivies, au cœur même du récit, des personnages. Un dialogue entre eux, entre les histoires, les littératures, sans (dé)marques.
« Un livre d’histoire parle de choses qui sont arrivées, tandis qu’un roman parle de choses qui arrivent et, ainsi, le temps de l’histoire contraste avec celui du roman, que Lucio appelle présent permanent, un temps immédiat, tangible et authentique. »
Ce roman est fascinant, Lucio est fascinant. Sa quête de la vérité, d’une vérité humaine, d’une vérité de la vie, de la « vérité des amants » par les livres, sa quête du livre qui rendra le présent à son épouse décédée, cette désespérance et cette dérision liées à une profonde lucidité sont saisissantes, dérangeantes, bouleversantes. Le présent, la fiction, le destin et les épilogues.
« Ne me donnez pas d’explications, dit-elle, il y aura toujours plus de livres que de vie. »
Le style est celui de cette atmosphère d’étrangeté et de reconnaissance, s’il ne ménage pas les espaces sur les pages, il déploie entre ses lignes les silences et les absences et sait simplement raconter ce(s) monde(s) et la vie, là-bas, qui est ici, des phrases vives, souples, serpentines, qui s’attachent aux mots, aux images, aux sens.
Le livre est vérité mais pourquoi serait-il sacré, pourquoi serait-il à classer selon des critères qu’il faudrait considérer comme objectifs ?
Les critiques de la Bible, notamment de sa stylistique, et des versions des Evangiles, par cet Ultimo Lector sont absolument réjouissantes.
« … ils croient aux romans de la Bible, aux ressuscités, aux anges, et aux bateaux capables de transporter toute la faune du monde, à L’enfer et au Paradis, au soleil qui s’arrête, aux serpents parleurs et aux cochons qui se jettent dans les ravins, aux anges, aux démons, aux crucifiés et à tant d’autres choses que personne n’a vues ni ne verra ailleurs que dans les mots, alors je ne comprends pas pourquoi ils refusent d’entrer dans ma bibliothèque, pourquoi ils pensent qu’il y a un abîme entre la vie et le papier. »
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- Lecture avec Jérôme -
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Commentaires
1 Asphodèle Le 16/05/2014
2 jérôme Le 16/05/2014
3 Kathel Le 16/05/2014
4 keisha Le 16/05/2014
Dis donc quoi, tu n'as pas lu Don Quichotte? Alleeeeeeeeez!
5 Karine Le 16/05/2014
6 Noukette Le 16/05/2014
7 Manu Le 16/05/2014
8 krol Le 16/05/2014
9 Marilyne Le 16/05/2014
@ Jérôme : Quel voyage ! Je crois qu'il ne serait pas raisonnable que nous en restions là... :)
@ Kathel : un loupé, passé à travers. Et belle initiative de le faire voyager. J'ai pensé à toi aujourd'hui, je viens de m'offrir " Le héron de Guernica " ( donc toujours avec quelques années de décalage ^^ ) et là, je ne vais pas te louper puisque, cette fois, je me souviens très bien que c'est par toi que j'ai découvert Antoine Choplin et comme ce titre m'avait intriguée.
@ Keisha : j'y vais, j'y vais, motivééee :) ( me suis aussi rappelée avec cette lecture que je n'ai toujours pas lu " Les neiges bleues " ^^ )
10 Marilyne Le 16/05/2014
@ Noukette : j'espère bien, deux enthousiasmes, pas facile de lutter !
@ Manu : alors, là, je peux comprendre, on peut s'y perdre, et les personnages ne sont pas particulièrement attachants au sens traditionnel du terme. Plonger, c'est le mot pour cette lecture !
@ Krol : merci. Je suis ravie de susciter la curiosité pour ce roman. Une lecture particulière ( et peut-être même, sûrement, chacun sa lecture ). Faut tenter ! ( la collection poche Zulma est délicieuse, je refuse d'y résister :) )
11 Theoma Le 26/05/2014