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L'oiseau - Oh Jung-hi
- Editions Seuil - 2005 -
- Traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot -
Une petite fille raconte. La mère est morte. Le père est au loin, sur des chantiers. Elle s'occupe de son jeune frère, Uil. Une jeune marâtre sortie d'un bordel ne fait qu'un bref passage, vite chassée par la violence conjugale. Les enfants, peu à peu, se retrouvent seuls. Sous les regards compatissants mais aveugles ou impuissants d'un voisinage misérable et d'une société brisée, la fillette, peu à peu, reproduit sur le petit garçon la violence du père sur la figure maternelle. Le monde tendre de l'enfance est inexorablement fissuré, l'humanité pulvérisée laisse apparaître l'abîme côtoyé par l'enfant en chacun de nous.
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Très doux souvenir de lecture que celui du roman La Pierre Tombale de Oh Jung-hi. Récit d'enfance également, L'oiseau est bien plus cruel, n'est pas bercé par l'atmosphère mélancolique. Le propos est tout aussi engagé, moins dans le contexte historique, plus inscrit dans le contexte social sur le sujet universel de l'abandon. Abandon, pas seulement de ces enfants au coeur du récit mais de tous ces locataires de la maison, en dérive, en douleurs et en espoirs pourtant, des instants de lumières, peuple démuni, comme des survivants. Ce roman, une survivance et une évasion.
C'est le récit d'une enfance par une enfant, sans mièvrerie ni sentimentalisme, sans le recours-secours de l'imaginaire " quand on veut survivre chez les autres ". Vous dire la puissance des mots, des scènes, mots si sobres pourtant, scènes si quodiennes, si vivantes, si simplement et singulièrement vivantes. C'est rude, on citerai chaque page tant sur cette violence sociale la densité des phrases est impressionnante, les émotions palpables; tant au-dessus de cette violence, il y a les yeux qui suivent ces " vagabonds du ciel " que sont les nuages, jusqu'à l'envol. Il y a cette prose qui vous fait baisser le regard avant de relever la tête. L'atmosphère est accablante, brutalement réaliste, engluée de silences et de pourquoi en suspens, mais au-dessus un subtil battement, une inspiration, une grâce que je ne parviens pas à définir. Cette image de couverture me paraît si parfaitement choisie, ce blanc, ce blême, ce voilé.
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" De petits oiseaux s'envolaient dans le ciel qui sombrait. Saisie par l'impression d'avoir oublié quelque chose, je me suis arrêtée, j'ai regardé le sol à mes pieds, puis mes mains vides que j'ai levées devant mon visage. Où ai-je mis la cage ? Où est l'oiseau ? ai-je dit à haute voix en regardant autour de moi. Je n'arrivais pas à me souvenir. Il faisait plus sombre à chaque pas. Mon père avait dit que si l'on suivait la voie ferrée, on pouvait aller n'importe où dans le monde. C'est par là qu'il avait dû partir. Le mari de madame Yônsuk aussi était parti par là en abandonnant sa femme.
- Uil, Umi ! J'ai cru entendre quelqu'un appeler et je me suis retournée. Un appel mêlé au bruissement des herbes sèches qui se caressaient dans le vent le long de la voie ferrée, au murmure de l'eau du ruisseau invisible dans la pénombre.
Madame Yônsuk disait que ce qui naît ici-bas ne disparaît jamais; tout comme on voit maintenant la lumière d'une étoile qui déjà n'existe plus, tout ce qui a été laisse une empreinte qui se matérialise à nouveau, même longtemps après, devant qui attend. "
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Cette lecture m'a profondément touchée. Peut-être parce que je l'ai lu quand il le fallait, quand une véritable amie me l'a confié en me rappelant que j'avais aussi des ailes. Je n'oublierai plus. Un livre, c'est ça aussi.
- Le billet détaillé de Miss Choco -
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Commentaires
1 Asphodèle Le 24/08/2014
2 Noukette Le 25/08/2014
3 Littér'auteurs Le 25/08/2014
4 Aifelle Le 25/08/2014
5 Kathel Le 26/08/2014
6 Marilyne Le 26/08/2014
@ Noukette : touchée, oui !
@ Martine : Tu verras, rencontrer Umi, c'est...
@ Aifelle : Un regard saisissant, c'est certain.
@ Kathel : Peut-être " La pierre tombale " pour commencer. Complètement tombée sous le charme de l'écriture avec cette première lecture au-delà de mon intérêt pour le sujet historique.
7 Choco Le 21/09/2014