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Dimanche chez les Minton - Sylvia Plath
- Traduit de l'américain par Catherine Nicolas, révisée par Audrey van de Sandt -
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Depuis longtemps, après m'être initiée à sa poésie, je souhaite lire le roman La cloche de détresse de Sylvia Plath. Ces mois de la nouvelle organisés par Flo sont aussi l'occasion pour moi d'approcher des auteurs que je souhaite rencontrer. Cette collection Folio s'y prête souvent lorsque je ne trouve pas de recueils qui me permettent de lire sans commencer par l'oeuvre majeure.
Ce recueil propose cinq nouvelles dans lesquelles les thèmes qui semblent être ceux de Sylvia Plath se croisent. J'ai beaucoup aimé ces lectures, le propos et la plume. Des petits univers si intimes, des " épopées en miniature ", je n'ai pu m'empêcher de songer à cette formule de Stéphane Michaka pour qualifier les nouvelles.
Ces nouvelles sont touchantes, dans tous les sens du terme. L'émotion affleure sur le monde interne qui se déploie de chaque personnage, sur leur tentatives de transcender le réel, de s'y inscrire. J'ai été touchée, oui, par la façon dont Sylvia Plath va au coeur de ses personnages, sans les heurter, malgré la mort, toujours présente. Un regard extrêmement sensible, une compassion; un regard subtil de l'intérieur vers l'extérieur.
Pour autant, ces récits ne sont pas aux tons pastels. L'auteur donne vie à ses personnages en leur offrant l'espace essentiel de leurs " émotions immédiates ", celui de leurs souvenirs et celui de leur imaginaire; cet espace de liberté et de (dés)espoir que sont ces souvenirs et cet imaginaire. Sylvia Plath peint " les couleurs changeantes de ces jours là. " J'ai été frappée par la " palette " de son écriture, toutes ces touches de couleur qui ponctuent les phrases et les paysages, les horizons personnels. Comme son personnage Harold dans La boite à souhait, Sylvia Plath " possédait une imagination étonnamment rapide et colorée ".
Transcender un réel désenchanté malgré les relations familiales entravées par les codes sociaux, le conformisme et la profonde unicité de chaque être qui l'isole, l'enfant- l'enfance dans la faille.
" - C'est étrange, n'est-ce pas, dit Ben, ce sentiment que quelque chose est mort et que tu es libre, puis tu le retrouves au fond de tes tripes qui se moque de toi. [...]
- C'est peut-être ça qu'il y a de bien, dis-je, en sachant soudainement que tel pouvait être le cas. Ce quelque chose qu'on a jamais à fuir. Qui reste avec soi et, du coup, si on va quelque part, ce n'est pas fuir. C'est seulement grandir."
La dernière nouvelle, éponyme, est de toute beauté, c'est l'améthyste épinglée au col de la robe dans laquelle se dilue en reflets les camaïeux de ces récits, la délicatesse, l'intensité des couleurs sur la violence de la pensée. Sa lancinante légèreté.
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" Un instant, elle s'appuya, songeuse, sur le bureau d'acajou, ses doigts flétris, veinés de bleu, étalant leur pâleur sur le sombre bois verni.
En cette fin de matinée, la lumière du soleil se répandait en carrés pâles sur le sol et les particules de poussière flottaient, baignées d'air lumineux. Elle voyait par la fenêtre le miroitement plat de l'océan vert de septembre qui s'incurvait bien au-delà de la ligne brouillée de l'horizon.
Par beau temps, si les fenêtres étaient ouvertes, elle entendait le flux des vagues. L'une s'écrasait et reculait en glissant, puis une autre, et une autre. La nuit, parfois, quand elle s'attardait dans un demi-éveil, sur le point de sombrer dans le sommeil, elle entendait les vagues, puis le vent se levait dans les arbres et bientôt elle ne pouvait plus distinguer un bruit de l'autre de sorte que, pour autant qu'elle sache, l'eau pouvait bien lécher le feuillage, ou les feuilles tomber doucement et s'éloigner dans le ressac."
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- Mois de la nouvelle avec Flo -
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Commentaires
1 Kathel Le 02/11/2014
2 Dominique Le 02/11/2014
3 Flo Le 02/11/2014
4 cristie Le 02/11/2014
5 Anne Le 02/11/2014
6 Aifelle Le 02/11/2014
7 Kroustik Le 02/11/2014
8 Marilyne Le 03/11/2014
@ Dominique : oui, même si j'avais lu un peu de la poésie, et même si l'on retrouve les thèmes, la forme narrative, c'est différent. Les nouvelles m'ont semblé plus " délicates " que les poèmes avec pourtant la même souffrance.
@ Flo : oh, déçue je suis, je n'avais pas vu que le recueil complet était édité en traduction française, il n'était pas proposé à la librairie, dommage ( en général, je vérifie en lisant d'où sont extraits les textes des folio 2 euros, là c'était d'une collection " oeuvres complètes ". Effectivement, le recueil complet n'est pas édité par Gallimard, ceci explique cela ). Bon, ce n'est que partie remise.
9 Marilyne Le 03/11/2014
@ Anne : le " Sylvia " de A.Wauters, ce doit être un beau texte. Je me souviens de ton billet sur le roman " mourir est un art comme tout le reste ".
@ Aifelle : comme pour moi avec le recueil complet, ce n'est que partie remise.
@ Kroustik : je te remercie, contente d'avoir réussi à écrire l'émotion de cette lecture.
10 Flo Le 06/11/2014
Tu as raison, ce n'est que partie remise (je n'ai jamais tenté Plath en VO et n'envisage pas de le faire ;)
11 Mina Le 09/11/2014
Je retiens cette précision quant aux sources dans les Folio 2€, je suis souvent déçue de voir "œuvres intégrales", cela vaudrait la peine d'aller chercher ailleurs...
12 Marilyne Le 11/11/2014