La cavale du docteur Destouches
- Futuropolis - 2015 -
1944 : Louis-Ferdinand Céline, Lucette son épouse et le chat Bébert quittent Paris bombardé. Traversant l'Allemagne en ruines, ils rejoignent Sigmaringen où s'est réfugiée la communauté française collaborationniste, et où ils retrouvent le comédien Robert Le Vigan qui a quitté le tournage des Enfants du paradis. Cerné par des personnages piteux et minables, voire carnavalesques, le drame tourne à la fable burlesque.
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C'est le comédien Christophe Malavoy, admirateur de l'oeuvre de Céline, qui signe l'adaptation et le texte de cette BD, adaptation des romans D'un château l'autre, Nord, Rigodon. Il est accompagné sur ce projet par les talentueux frères Paul et Gaëtan Brizzi pour la mise en image. Une parfaite réussite, de fond comme de forme, au format généreux.
La cavale du docteur Destouches est une belle BD, un incontournable pour qui s'intéresse à l'univers célinien. Cet univers est là, sans compromis, sans concession, ce paradoxe de cynisme et de compassion, ce ton, vulgaire, canaille et misérable, cru et abruptement lucide; l'univers du complexe docteur Destouches, le misanthrope, l'insupportable et délirant Louis Ferdinand Céline.
" Oh ! Je sais ce que vous pensez, je suis le traitre, félon, collabo, salaud, celui qui a donné le Pas-de-Calais et la Tour Eiffel aux boches... J'ai toujour foutu la pétoche à tout le monde. "
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Nous voilà embarqué avec Lili ( madame Destouches ), le chat Bébert et l'acteur Robert Le Vigan, dans la fuite sans illusion de 1944 de l'auteur; un périple de scènes épiques en tragiques, jusqu'au grotesque; avec toujours cette distance insolente du ricanement et cette impudeur, qui font la violence du récit au même titre que les circonstances historiques.
Sur ces dialogues qui font mouche, le travail graphique est plus que remarquable, tout de noir et blanc pour cette période sombre, le trait vif, précis, expressif, que sert un découpage dynamique. J'ai été impressionnée par les portraits, de véritables trognes qui n'épargnent personne, éloquents, ainsi que par les grandes planches édifiantes.
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Cette BD, c'était un défi, il est relevé. Et enlevé.
Impossible de ne pas penser ( comparer ) avec le travail de Jacques Tardi qui a magistralement illustré les romans de Céline. Ce sont ses dessins sur les couvertures des éditions Folio. J'ai lu Voyage au bout de la nuit dans la superbe édition Gallimard Futuropolis dans laquelle J.Tardi illuste le texte, à la façon d'un roman graphique. Superbe édition, grand format, que je ne peux que vous recommander. Elle est rééditée avec la couverture en cartonné dur ( contrairement à la première édition qui reprenait la présentation de la collection de romans La Blanche )
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- Lecture partagée avec Mo' du Bar à BD -
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Commentaires
1 Mo' Le 03/04/2020
Merci pour le moment, les échanges. Je me tiens prête pour un nouveau défi quand tu veux ;)
marilire Le 03/04/2020
2 Ingannmic Le 03/04/2020
marilire Le 03/04/2020
3 Anne Le 03/04/2020
marilire Le 03/04/2020
4 Ingannmic Le 03/04/2020
marilire Le 04/04/2020
5 Lilly Le 03/04/2020
marilire Le 04/04/2020
6 Autist Reading Le 03/04/2020
On a eu beau me vanter et me conseiller la lecture de "Voyage au bout de la nuit", je n'ai jamais réussi à passer outre la réputation sulfureuse de l'auteur. Il faudrait certainement que je passe outre mes a priori....
marilire Le 04/04/2020
7 Kathel Le 04/04/2020
marilire Le 04/04/2020
8 Lili Le 09/04/2020
Pour ma part, c'est le contraire de beaucoup de gens : la personne de Céline m'interpelle beaucoup et j'aimerais le lire pour le creuser plus avant mais à chaque fois, son style me tombe des mains... Je garde un souvenir de lecture ô combien désagréable de Voyage au bout de la nuit, le seul dont je sois arrivée au bout, aux forceps. Remarque, j'étais ado. Depuis, j'ai réussi à me réconcilier avec Flaubert et Balzac... Mais Céline, j'ai beau retenter, rien n'y fait, je n'y arrive toujours pas pour l'instant.
marilire Le 10/04/2020