Irena - L'ange du ghetto
- Glénat BD - 2021 -
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Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut l’une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Et pourtant elle est oubliée des livres d’Histoire... C’est en lisant par hasard un article sur elle que Jean-David Morvan a eu le déclic : sa vie devait être racontée. Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, ils retracent le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste. »
- Scénario : Jean-David Morvan/ Séverine Tréfouel - Dessin : David Evrad / Couleurs : Walter
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Cette bande dessinée consacrée à Irena Sendlerowa a été publiée en cinq tomes à partir de janvier 2017. Le dernier tome est paru en janvier 2020. Je profite de la parution en intégrale en octobre 2021 pour la présenter.
Irena est polonaise ( 1910 - 2008 ). Elle a sauvé du ghetto de Varsovie 2500 enfants.
Elle travaillait au Service d'aide sociale, au service d'aide à la mère et l'enfant, ce qui lui permit d'intervenir dans le ghetto. A partir de 1940, elle fit sortir des enfants, les cachant, les plaçant ensuite dans des familles, des orphelinats catholiques. Pour chaque enfant, elle notait sur un papier son nom de naissance, son faux nom inscrit sur les faux papiers, son adresse, afin de pouvoir réunir les familles après la guerre. Ses papiers furent mis dans des bocaux, enterrés sous un arbre dans un jardin où ils furent retrouvés après la guerre. Le réseau qu'elle mit en place est impressionnant avant même qu'elle soit contactée par l'organisation Zegota, une commission clandestine d'aide aux Juifs du gouvernement polonais en exil. Irena ( nom de code Jolanta ) fut arrêtée en 1943, torturée plusieurs mois avant que la Résistance ne parvienne à organiser son évasion, le jour de son exécution. Elle poursuivit son action dans la Résistance, exerça comme infirmière durant les combats ( sous une autre identité ). Ses actions ne furent (re)connues que tardivement, du fait de sa discrétion comme du silence imposé par l'emprise soviétique sur la Pologne.
- Je vous recommande cet article ICI -
Cette BD retrace son histoire, s'attachant à sa personnalité, sa générosité, son courage, ses doutes aussi, son désespoir parfois.
Avant de poursuivre, je partage cet avertissement et ces conseils des auteurs :
Irena Sendlerowa a réellement existé. Son histoire nous ayant passionnés, nous avons essayé de lire tout ce qui existait sur elle, dans une langue que nous pouvions comprendre. Ces divers ouvrages ne donnent pas les mêmes informations, se contredisent même parfois. Nous avons pris le parti de ne pas faire une vraie biographie, mais d'utiliser la fiction pour transmettre le mieux possible l'esprit de son combat.
Si vous souhaitez explorer davantage la vie d'Irena, nous vous conseillons les lectures suivantes :
- Irena Sendlerowa : la Mère des enfants de l'Holocauste de Anna Mieszkowska
- Irena Sendlerowa : Des papiers pour mémoire d'Isabelle Wlodarczyk
- La vie en bocal, le projet Irena Sendler de Jack Mayer
- Irena Sendlerowa : Juste parmi les nations de Gilbert Sinoué
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Cette BD est réussie. L'époque est parfaitement contextualisée. Le premier tome présente les circonstances - avec une carte de Varsovie entourée des décrets antijuifs -. Dans le second tome, ce sont toutes les personnes qui ont apporté leur aide, collègues et médecin pour les faux documents, un conducteur de tram, une sage femme, une juriste, une religieuse, le concierge du tribunal qui faisait passer les enfants par un tunnel du sous-sol, un maçon qui cachait des bébés dans le chargement de briques de son camion, ceux qui sont sortis dans une boite à outil, une boite à chaussures, enveloppés parmis des cadavres évacués, endormis à la vodka par l'infirmière complice, un vicaire qui accueillait la nuit en faisant passer les enfants par un trou qu'il ménageait dans le mur de son institution en descellant quelques briques.
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Les moyens utilisés sont édifiants, incroyables, un formidable réseau de solidarité dans lequel j'ai retrouvé le pédiatre Janusz Korczak, assassiné à Treblinka en 1942 avec " ses " enfants de l'orphelinat ( je vous présentais son héritage ICI ).
Ils sont là, recto-verso du tome 2 - Les Justes -
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La BD n'est pas chronologique, elle utilise les retours dans le passé, et déploie en filigrane la situation de la Pologne durant la guerre, à la fois prise par les nazis et " sous la menace " de l'Armée Rouge. A partir du troisième tome, certaines scènes sont d'après-guerre, revenant sur l'avenir des enfants, leur destin difficile. Les familles ne purent être réunies, ils étaient orphelins. La majorité, trop petits au moment de leur sortie du ghetto, ne se souvenaient pas de leur origine. Ce fut une nouvelle douleur, cette vérité, apprendre leur véritable nom, le sort de leurs parents, leur judéité. Nombre d'entre eux durent quitter leur famille adoptive, pris en charge par des associations juives qui les menèrent en Palestine, clandestinement les premières années. Ils vécurent, encore, comme des refugiés ou des proscrits avant la création de l'Etat d'Israël.
Cette BD ne fait pas semblant : elle n'occulte aucun aspect, que ce soit la solidarité, la peur ou le sadisme, ni l'horreur, ni la torture, ni la mort. Le récit est poignant, éloquent, sans verser dans le pathos facile ou la grandiloquence du fait du sujet. Le trait, rond et souple, donne aux pages des allures de dessins pour la jeunesse, mais en réalité, il donne surtout une pleine humanité aux personnages, bien présents, finement. Un album, malgré tout, en nuances, avec des pages ensoleillées, celles des années bien après, les années de liberté, de retrouvailles, lorsque Irena est plus âgée, lorsqu'elle raconte son histoire.
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- Double page au début du tome 1 - Le ghetto -
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Pour les scènes les plus violentes, les images ne sont toutefois pas frontales : le cadrage se décale, vers les jambes ( pour les exécutions ), une casquette nazie qui prend toute la case pour les tortures subies par Irena - son champ de vision -, utilisent les fond de couleur ( rouge, en noir & blanc pour raconter l'extermination par balles ). Les scènes sont adoucies parfois par la présence du père d'Irena, décédé en 1917, figure aimée, admirée, médecin social mort du typhus qu'il combattait; par une mère et son garçon, personnages morts dans le ghetto qui apparaissent, en soutien, ectoplasmes, mais présents, réconfortants.
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- Tome 4 -
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Les deux derniers tomes la retrouvent en 1983, au Memorial de Yad Vashem à Jerusalem. Elle plante l'arbre dans l'Allée des Justes, elle raconte, accueillie par l'une des petites qu'elle a sauvé du ghetto, devenue mère à son tour. Dans le tome 5, le dernier, préfacé par Marek Halter, qui apparaît sur les pages parce qu'il a eu la chance de la rencontrer pour son film Les Justes, elle relate l'insurrection de Varsovie, les combats, alors qu'elle est infirmière dans un hôpital de fortune. Vient la " libération ", l'occupation soviétique. Son équipe voit arriver les enfants rescapés d'Auschwitz-Birkenau. Ils essaient du mieux possible de les prendre en charge, de répondre à leurs questions. Irena, au Yad Vashem, revient sur le docteur Janusz Korczak, sur l'arrestation des enfants de l'orphelinat.
L'histoire ne se termine pas à la Libération pour Irena. Elle est arrêtée et emprisonnée enceinte en 1949, souçonnée de cacher des membres de la résistance polonaise aux Soviétiques, l'Armée de l'intérieur. Durant sa détention, elle fait une fausse couche, l'enfant ne survit pas. Irena échappe aux purges staliniennes par un magnifique miracle, l'intervention d'une jeune femme auprès de personnes influentes, une jeune femme qu'Irena avait sortie enfant du ghetto de Varsovie.
Irena Sendlerowa n'eut pas l'autorisation de se rendre en Israël en 1965 lorsqu'elle fut nommée parmi les Justes, l'une des premières. Elle dut attendre 1983.
Un dossier biographique clôt ce dernier tome. Il nous dit tout l'amour qu'elle a donné.
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- Irena et Janusz Korczak -
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Irena était une bien jolie jeune femme mais j'aime aussi beaucoup son sourire de vieille dame :
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- Participation au rendez-vous organisé par les blogs Passage à l'Est & Et si on bouquinait ? -
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Commentaires
1 Aifelle Le 03/02/2022
marilire Le 04/02/2022
2 Passage à l'Est! Le 03/02/2022
Et, le plus important: je suis impressionnée par ce parcours, ce courage, et par le fait qu'elle a - heureusement - été reconnue en 1965 alors qu'elle vivait dans ce contexte polonais communiste que tu décris à la fin.
En conclusion: merci pour cette nouvelle contribution qui est une découverte totale pour moi.
marilire Le 04/02/2022
3 A_girl_from_earth Le 04/02/2022
marilire Le 04/02/2022
4 Tania Le 07/02/2022
5 krol Le 15/02/2022