Lyonel Feininger
- The White Man - 1907 -
.
Connaissez-vous l'artiste Lyonel Feininger ? Je suppose que non, il est très peu connu en France. Pourtant son oeuvre est reconnue dans les pays anglo-saxons et germanophones, assidûment collectionnée. Une exposition lui est actuellement consacrée en Suisse ( plus spécialement autour de ses dessins et gravures ), à Vevey, au musée Jenish, à l'occasion de son 150ème anniversaire de naissance. Le catalogue de cette exposition est le seul ouvrage que j'ai pu trouver encore édité en français sur son oeuvre, un très beau catalogue de forme comme de fond.
.
- Lyonel Feininger - La ville et la mer -
.
Lyonel Feininger ( New-York 1871-1956 ) est né aux Etats-Unis dans une famille allemande de musiciens ayant immigrée. Adolescent, à peine 16 ans, il est envoyé en Allemagne pour poursuivre ses études de musique. Arrivé à Hambourg, ce sont les cours d'arts graphiques qu'il suit à l'Ecole des arts décoratifs puis il rejoint l'Académie Royale des Beaux-Arts de Berlin, ne délaissant pas pour autant la musique. Toute sa vie, il pratique le violon et compose, notamment des fugues. ( un extrait à écouter ICI ). Son séjour allemand dure cinquante ans, entre Weimar et Berlin. Marié, père de trois fils, il quitte l'Allemagne en 1937, fuyant la menace nazie, un mois avant que son oeuvre ait les honneurs de l'exposition officielle Entartete Kunst - Art dégénéré -
Lyonel Feininger est dessinateur, graveur, peintre; une figure de l'avant-garde européenne, proche des peintres de la Sécession berlinoise, ami de Paul Klee. Il peut être considéré comme un peintre expressionniste bien que ses peintures soient marquées par le cubisme qu'il découvre à Paris. Artiste graveur, il fut le premier maître invité lors de la création de Bauhaus, en 1919, prenant la responsabilité de l'atelier d'expression graphique.
.
- Das hohe Haus ( la haute maison ) - 1908 ( encre de chine, aquarelle et fusain ) -
.
- Die grüne Brucke ( Le pont vert ) - 1909 - ( encre de chine, crayon au graphite et aquarelle )
.
- Carnival in Arcueil - 1911 - ( huile sur toile )
.
- Boulevard Saint-Michel - 1915 - ( encre de chine et aquarelle )
.
- Verfallenes Dorf ( Village délabré ) - 1918 - Gravure sur bois -
.
- Die Eisenbahnbrücker - ( viaduc ferroviaire ) - 1919 - Gravure sur bois
.
- Kathedrale ( de Gelmeroda ) - Gravure reproduite sur le livret Manifeste du Bauhaus
.
Il débute très tôt, dès 1890, à peine 20 ans, par le dessin, avec des illustrations et des caricatures pour la presse. Dès 1906, il réalise la BD du supplément dominical du Chicago Tribune et des dessins satiriques pour Le Témoin, journal parisien. Son trait est fin, vif et joyeux. En BD, il est considéré comme l'égal de son compatriote contemporain Windsor McCay - créateur de Little Nemo - , un classique ( parmi ses admirateurs : Art Spiegelman, auteur-dessinateur de Maus. Il leur consacre à tous deux une video ICI ).
.
.
.
Fusain, encre, pastel, aquarelle, huile, il dessine-grave-peint par série, en variations ( comme l'église gothique de Gelmeroda ), utilisant les dessins sur le vif - " études d'après nature " selon son expression -. Ses oeuvres dévoilent des paysages urbains ( il grave et peint les villages de la région de Thuringe, autour de Weimar, qu'il arpente à bicyclette, ainsi que Paris ) ou maritimes, des bateaux. Lyonel Feininger était amoureux de la mer Baltique. Il séjourne sur ses côtes presque tous les étés lorqu'il vit en Allemagne. Ses architectures, ses vues, sont destructurées, des " prismes ", parfois à la limite de l'abstraction, saisissant par l'usage de la couleur, fragmentée, en diffraction.
.
- Brücke 0 ( pont 0 ) - 1912 - huile sur toile
.
- Kleine Hafenstadt ( petite ville portuaire ) - 1922 - huile sur toile
.
- Gelmeroda IX - 1926 - huile sur toile
.
- Mid-Ocean ( au milieu de l'océan ) - 1937 - huile sur toile
.
- Pour voir d'autres oeuvres : un diaporama ICI -
- Un article détaillé et précis quant au style, ses influences et son évolution, de la peinture de Lyonel Feininger ICI -
.
J'ai découvert Lyonel Feininger et son oeuvre par le récit d'Olivier Barrot, paru en septembre 2021 ( collection Blanche - Gallimard )
.
C'est le titre qui m'a accrochée, m'a rendu curieuse; la quatrième de couverture m'invitant à la rencontre avec cet artiste inconnu - " si peu représenté dans les collections françaises " - d'une période qui m'intéresse particulièrement ne pouvait que me décider à suivre ces Voyages.
Ce récit d'une centaine de pages n'est pas réellement une biographie, plutôt une évocation; un récit historique - un portrait kaléidoscopique aux couleurs vives, contrastées, comme l'écrit l'éditeur - et intime - " J'ai marché sur ses traces, chemins aisés à repérer même si peu fréquentés. ". Olivier Barrot est fasciné par l'oeuvre, admirateur, depuis longtemps, depuis 1969, par une exposition sur le Bauhaus. Sur les pages, nous suivons l'auteur et l'artiste, en partage. Oliver Barrot se saisit des lieux, des moments. Il s'interroge, il explique, il décrit, il présente les personnes avec qui il est en contact dans sa quête, notamment le galériste new-yorkais, Achim Moeller - " l'aimable Achim incarne la peinture germanique d'entre les deux guerres, en collectionneur, en historien, en marchand. " -. Il est à l'origine du Feininger project, le catalogue raisonné des oeuvres mis en ligne ( ICI ).
" Etonnante conflagration : au cours de ces années qui précèdent la Grande Guerre, Lyonel Feininger se voit confronté à deux écoles et sensibilités picturales majeures de son temps, la cubiste et l'expressionniste. Est-ce cette double attirance qui mûrit son style si aisément reconnaissable ? En tout cas, j'éprouve la conviction que c'est à moi aussi qu'il s'adresse, moi l'Américain d'adoption et l'Est-Européen de racine. Feininger, truchement artistique de l'acceptation de soi, amorcée depuis un demi-siècle. "
La plume est aussi élégante et érudite que fluide et entraînante, nous emmenant dans cette Allemagne de l'entre-deux guerres, de la République de Weimar, dans cette " frénésie créatrice en tout domaine [ qui ] précède l'obscurantisme meurtrier ". J'ai apprécié qu'Olivier Barrot prenne le temps de contextualiser la période ainsi que l'aventure ambitieuse de l'art total du Bauhaus, de retrouver cette agitation artistique et technique du Berlin " d'avant "; de croiser les noms de la Nouvelle Objectivité dont Otto Dix, George Grosz, celui des photographes August Sander et Albert Renger-Patzsch ( une exposition de ses photographies au Jeu de Paume en 2018 m'avait littéralement subjuguée ).
Ce fut un plaisir d'aborder " le continent-Feininger, multicolore et polymorphe " accompagnée d'Olivier Barrot. Il était présent à la librairie lyonnaise Descours, début décembre, pour nous parler de ce récit personnel. Ce fut une seconde rencontre, l'auteur, après l'artiste. Nous étions bien peu nombreux dans cette librairie ( véritable caverne aux trésors quant aux domaines artistiques ) et pourtant quel beau moment que d'écouter Olivier Barrot raconter Feininger " qui a bien connu la France mais que la France méconnait ", sa singularité, ainsi que de cette période allemande, " d'une fécondité artistique prodigieuse alors que le pays est en crise économique. C'est à la fois une évolution et une révolution. Feininger s'inscrit dans tout ça. Reste la question, éternellement, la question la plus insoluble, la plus terrible, la question du nazisme dans un pays aussi brillant. Comment relier tout ça ? "
L'échange fut captivant et exquis, " un voyage en terre inconnue, par petites touches ", comme il est écrit sur mon livre en dédicace.
.
- Lyonel Feininger - Autoportrait - 1910 - huile sur toile
*
Ajouter un commentaire
Commentaires
1 keisha Le 14/12/2021
marilire Le 14/12/2021
2 Kathel Le 14/12/2021
marilire Le 14/12/2021
3 A_girl_from_earth Le 14/12/2021
marilire Le 15/12/2021
4 Passage à l'Est! Le 15/12/2021
marilire Le 15/12/2021
5 Anne Le 15/12/2021
marilire Le 16/12/2021
6 Passage à l'Est! Le 15/12/2021
Tu as visiblement fait une belle acquisition avec ce catalogue!
marilire Le 16/12/2021
7 Tania Le 26/12/2021
marilire Le 26/12/2021