Un atlas de l'impossible - Anuradha Roy
- Actes Sud 2011 - Babel 2020 -
- Traduit de l'anglais ( Inde ) par Myriam Bellehigue -
En 1907, séduit par la tranquillité des hauts-plateaux, Amulya décide de quitter la touffeur de Calcutta et d’établir sa fabrique de plantes médicinales dans un ancien lieu de pèlerinage bouddhique devenu colonie britannique. Sa femme souffre en silence de cette nouvelle vie solitaire, confinée dans l’isolement involontaire du lieu et de la langue.? Après le mariage de ses deux fils, elle est frappée d’étranges symptômes qui l’assignent à résidence. Elle contemple alors l’existence de derrière une fenêtre, sans n’avoir plus de prise sur les drames qui se jouent, les liens qui se nouent et se dénouent autour d’elle.
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Cette quatrième de couverture n'annonce que le début de ce roman ( ce qui est plutôt bien, les quatrièmes trop bavardes gâchent souvent la lecture ). Ce roman est une saga familiale sur trois générations dont le regard est particulièrement tourné vers les femmes.
L'auteure s'attache à ses personnages bien plus qu'au contexte tout en nous livrant de belles pages sur les paysages, en sensations, le jardin, la forêt toute proche, ses ruines, le fleuve.
La lecture est prenante autant que frustrante : nous suivons les personnages avec intérêt en trois parties. Pour chacune, un saut temporel, un personnage masculin qui ne voile pas les présences féminines. La condition des femmes s'y révèle, plus universelle qu'il n'y paraît malgré l'inscription dans la tradition indienne ( vêtements, castes, cuisine, mariage arrangé, statut de belle-fille, de veuve ... ), tristement classique. Toutefois, le contexte ne se déploie pas autour de l'histoire indienne de ce XXème siècle, les évènements n'apparaissent qu'en filigrane : hindous et musulmans, colonisation britannique et ses implications économiques et sociales, le nationalisme, Gandhi, la partition de 1947, traversent les conversations, influent, certes, mais sans engagement, sans réflexion, plutôt comme un état de fait auquel les personnages s'adaptent.
Les portraits des personnages sont réussis, significatifs de la société indienne, de son évolution; les descriptions des lieux évoqués fascinantes, l'auteure parvient à partager un véritable " esprit des lieux " autour de deux maisons, une mélancolie émouvante, envoûtante parfois par les mouvements du fleuve, par les lumières et les ombres des ruines du fort, mais j'attendais un peu plus de l'aspect historique alors que ce roman est touffu, foisonnant de rôles secondaires intéressants.
J'ai lu cette histoire sans déplaisir, m'essouflant sur la dernière partie en romance nostalgique, je crains qu'il ne m'en reste seulement quelques images.
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" Il y avait eu jadis une maison dont je connaissais par coeur le jardin et tous les arbres; une maison dont je savais quelles marches étaient abîmées et quelles fenêtres ne fermaient pas bien. Un ophtalmologiste me demanda un jour : " Est-ce que des corps étrangers apparaissent parfois dans votre champ de vision ? Des petites poussières noires qui semblent flotter ? " Je pensais alors : ce ne sont pas des corps mais des maisons; et elles n'ont rien d'étranger; elles font bel et bien partie de moi. [...] Les gens ont peur des fantômes dans les vieilles demeures. Moi, je sais que seules les nouvelles habitations sont hantées par les maisons décrépites qu'elles remplacent. Les vieilles maisons ne disparaissent pas. Elles tombent en ruine et sentent le renfermé, mais elles continuent à rôder; leurs pièces tapissées de toiles d'araignée se nichent dans les coins à angle parfait des cuisines flambant neuves et de salles de bain en marbre; il subsiste quelque chose de leur jardin et de leurs escaliers dans les cages d'ascenseur. Si cela ne tenait qu'à moi - et ceci en dépit de ma profession - je conserverais les vieilles demeures en tout point identiques au souvenir que j'aurais d'elles. Il reviendrait aux termites d'en écrire l'histoire sur les plafonds et sur les murs, leurs sillons irréguliers dessinant la carte d'une éventuelle destruction. Une fois le travail de désintégration accompli par les termites et les maisons retournées à la terre, un cycle toucherait naturellement à sa fin."
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- Participation au rendez-vous Littérature indienne -
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Commentaires
1 Kathel Le 06/09/2020
marilire Le 06/09/2020
2 Goran Le 06/09/2020
marilire Le 06/09/2020
3 Moka Le 06/09/2020
marilire Le 06/09/2020
4 Anne Le 06/09/2020
marilire Le 06/09/2020
5 krol Le 06/09/2020
marilire Le 06/09/2020
6 keisha Le 06/09/2020
marilire Le 07/09/2020
7 Patrice Le 06/09/2020
marilire Le 07/09/2020
8 Ingannmic Le 07/09/2020
marilire Le 10/09/2020
9 Lili Le 08/09/2020
marilire Le 10/09/2020