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L'intranquille - Gérard Garouste
- Le Livre de Poche 2011 -
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Comme l'indique le sous-titre - Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou -, ce livre est une autobiographie de l'artiste Gérard Garouste sous la plume de Judith Perrignon. Je découvre sa peinture par ce livre; elle me fascine.
Dans ce récit, Gérard Garouste raconte ce qui a bien failli le détruire, ce qu'il a dû détruire, pour parvenir à la paix. C'est l'histoire du père, marchand de meubles, antisémite, profiteur durant la Seconde Guerre Mondiale de la spoliation des biens des familles juives, homme égoïste et haineux, sans remords si ce n'est d'avoir toujours été médiocre, qui ne remettra jamais en cause ses préjugés, continuera à les asséner.
" En rentrant, j'ai parlé à mes deux fils. Il les aimait beaucoup et je l'avais laissé être leur grand-père, parce qu'il était vieux, plus tout à fait l'homme que ma mère et moi avions subi. J'ai tenu à leur dire que la guerre avait engendré des héros, des gens qui se débrouillaient et s'en foutaient, des tueurs, des grands et des petits salopards. Votre grand-père faisait partie des petits salopards.
C'était son épitaphe. C'était il y a un an.
Sa mort ne change pas grand-chose. Elle ne résorbe rien. Je vis depuis toujours dans la faille qui existe entre lui et moi. C'est là que j'ai compris mon rapport au monde et aux autres.
[...] Il va me rester sur les bras, mon père. "
Le peintre relate le malaise de son enfance, ce père anxiogène, violent dans les paroles, dans certaines attitudes, la mère totalement effacée, et lui, complètement " ailleurs ", isolé, en échec scolaire, enfermé dans une éducation traditionnaliste catholique; ce malaise jusqu'aux crises de folie à l'âge adulte - " Le délire, c'est une manière de se jeter dans le vide quand on a peur du vide " -, alors que son premier fils allait naître, " Il réclamait ma joie mais il avait réveillé ma douleur. ". Des années et des années avec le diagnostic de maniaco-depressif, avec l'angoisse de la rechute, la peur " de ces grands accès de fatigue où je devine les assauts d'une dépression étouffée par la chimie ", avec les rechutes, les internements, les traitements, l'analyse, comprendre et plonger en soi pour peu à peu se " dépouiller de tout conditionnement. "
Ce livre raconte sa volonté, son parcours pour " démonter la grande manipulation religieuse et familiale", réglant ses comptes avec le catéchisme et les certitudes. Et cela commença avec la lecture des classiques, " une succession de livres et de mots, ils m'ont lavé, récuré même, et ils m'ont fait peindre. ". Puis, Gérard Garouste s'intéresse aux textes fondateurs, les textes sacrés qui lui ouvrent l'horizon infinie d'une philosophie libérée des dogmes, une spiritualité intime, " l'homme face à lui-même ".
Ce récit en autoportrait, c'est aussi le récit de la pratique de son art, le temps de préparation du projet, le temps accordé aux croquis, aux dessins, avant le pinceau sur la toile, les techniques, les matières, sa relation à la peinture, évidemment, ainsi que des réflexions qui m'ont paru aussi intéressantes que pertinentes sur l'art et l'artiste, sur l'interprétation, à propos du regard de la société sur l'art contemporain, " son marché et sa place ", sa définition dans notre société, ainsi que le lien qu'il met en évidence entre la littérature et la peinture.
Un livre sur les héritages.
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" Mes toiles n'affirment rien, elles sont une invitation à relire. "
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- Passage ( autoportrait ) - 2005 -
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- La prostituée aux anamorphes - 1990/2000 -
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- Chartres - 2007 -
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En 1991, Gérard Garouste a crée une association à vocation sociale et éducative par l'expression artistique : elle a pour mission première d’aider des enfants et des jeunes de 6 à 18 ans en difficulté (familiale, scolaire ou identitaire) voire en situation d’exclusion, à développer leur créativité artistique dans de nombreux domaines.
" ... sortir ces enfants de chez eux, quelques heures, quelques jours pendant les vacances scolaires, leur montrer ce qui est beau, et surtout leur dire que ça pouvait avoir un rapport avec eux. Je sais que l'art ne peut sauver le monde, mais je sais qu'il contamine les désirs et éveille l'amour-propre. [...] Elle s'appelle La Source, c'est le bruit de l'eau à la campagne, la musique des mots anciens que j'aime lire, c'est là que tout commence. "
- Le site de La Source ICI -
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- " L'intranquille ", livre déniché dans la bibliothèque amie -
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Commentaires
1 Mo Le 10/09/2014
2 Aifelle Le 11/09/2014
3 Kathel Le 11/09/2014
4 Marilyne Le 11/09/2014
@ Aifelle : oui, cette lecture est très riche, elle m'a passionnée aussi, approfondie sans s'appesantir. Je ne peux pas dire que " j'aime " cette peinture mais elle m'interpelle.
@ Kathel : oserai-je répondre que j'aime ça ;) ( et puis, c'est justice, c'est un échange ). C'est vrai qu'avec ce type de lecture, on part ailleurs ( ou on revient, c'est selon ), et du non-fictionnel, c'est très intéressant aussi. ( c'est un petit livre de poche, aucune raison de s'en priver ).
5 Anne Le 11/09/2014
6 Asphodèle Le 11/09/2014
7 Marilyne Le 11/09/2014
@ Asphodèle : oui, " foi en lui ", c'est ça, et oui à lire, le sous-titre dit bien tout ce qu'il y a à lire.