Bohêmes - Dan Franck
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Bohêmes est le premier tome d'une trilogie intitulée Les Aventuriers de l'Art Moderne consacrée à l'histoire artistique de la première moitié du XXème siècle. Il couvre la période de 1900 à 1930 ( suivi de Libertad 1931-1939 puis Minuit 1940-1944 ).
Il ne s’agit pas d’un essai au sens strict, plutôt d’un récit. L’auteur est romancier, pas historien de l’art : ce livre « raconte les artistes de Montmartre et de Montparnasse avec la voix du conteur.»
En effet, la plume est vive, enlevée, nourrie d’anecdotes. Rien de didactique, le sens de la formule, le récit est particulièrement incarné. Si ce récit est sans aucun doute très documenté, cet aspect « anecdotes» à répétition m’a laissée à distance. Il est vrai que ce choix narratif donne vie au récit, mais il m’a semblé que c’était peu à peu au détriment d’un propos de fond.
Bohêmes n’est pas une rétrospective, c’est une balade dans ce début de siècle avec cette jeune génération d’artistes qui va révolutionner l’art, ceux qu’on appellera les anartistes puis les avant-gardes.
Les chapitres sont très courts, en série de scènes, épiques, drôles, tristes. L’ouvrage ne revendique pas la biographie, il témoigne du foisonnement artistique de l’époque, de ce Paris où se retrouvaient les artistes venus de toute l’Europe partager leur misère, leurs aspirations, leurs recherches ( au point que la période artistique d’avant-guerre prendra le nom d’Ecole de Paris ).
Un récit par touches, un artiste et un moment par chapitre, avec l’incontournable Pablo Picasso omniprésent. Nous retrouvons également «les marchands de couleurs» et les premiers grands collectionneurs d’art moderne ( D.Kahnweiler, Gertrude Stein ). Cette période est passionnante car les arts se mêlaient - poésie, théâtre, musique ( c’est l’époque des fameux ballets russes ) -, avec Apollinaire en figure de proue.
La présentation des grands mouvements artistiques est rapide, le récit s’approche plus volontiers des enjeux, de l’aspect historique et social ou privé, avec les amours, les rivalités, les frasques, les provocations et les scandales, les amitiés improbables, comme celle, indéfectible, de Max Jacob pour Pablo Picasso.
L’introduction de l’auteur était prometteuse, le lecture est intéressante même si elle m’a lassée par son ton et parfois frustrée sur la longueur.
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« A seize mille lieux de Paris, en pleine prose transsibérienne, Cendrars se désespérait : Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ?
Avant la guerre, la Butte était encore au centre, et le monde, alentours.
Celui qui contribua le plus au rayonnement et aussi, hélas, au saccage de la Butte, c’est Utrillo. Il ne le voulait pas, de la même manière qu’il ne voulait pas peindre. Ce fut ainsi. Quand ses places du Tertre et ses Moulins de la Galette s’envolèrent à Drouot, tous les rapins de la Butte et de Navarre barbouillèrent des copies et jouèrent à la manière de. Au départ, il fallait bien manger. A l’arrivée, c’est Montmartre qui fut bouffée...»
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- En 2015, réédition par Grasset de la trilogie en un seul volume intitulé Le temps des Bohêmes suite à une adaptation en série documentaire TV :
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Pour approfondir a été rééditée au printemps en format poche ( Folio histoire ) l’étude de Béatrice Joyeux-Prunel, qui couvre une période plus large( avec les Impressionnistes ), elle s’arrête en revanche à 1918, au temps des révolutions, d’un art « politiquement engagé ». Le propos y est transversal et transnational. Le style n’y est pas romanesque, parfaitement fluide et explicite. Il faut toutefois être motivé, c’est une somme de 900 pages.
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- Pavé de l'été avec Dame Brize - Editions Le Livre de Poche ( 2006 ) : 640 pages - ( jamais deux sans trois ? ) -
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Commentaires
1 Brize Le 24/08/2022
marilire Le 24/08/2022
2 Aifelle Le 25/08/2022
marilire Le 25/08/2022
3 niki Le 25/08/2022
marilire Le 25/08/2022
4 A_girl_from_earth Le 25/08/2022
marilire Le 25/08/2022
5 Kathel Le 25/08/2022
marilire Le 26/08/2022