
- Editions Rackham - mars 2018 -
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C'est par cette réédition que je découvre le dessinateur argentin Alberto Breccia ( 1919 - 1993 ).
Ce recueil ( publié pour la première fois en 1974 ), bel objet éditorial à la couverture toilée, est une anthologie : il regroupe les récits mettant en scène la figure myhtologique de Cthulhu créée par H.P.Lovecraft. J'avoue une fascination pour l'univers littéraire, cette cosmogonie noire, de Lovecraft. Je l'ai lu il y a ( très ) longtemps, les images et les sensations suscitées par la lecture sont restées.
Et il faut reconnaître que le travail d'Alberto Breccia sur le noir et blanc se prête aux cauchemars du Maître de Providence.
" A l'arrière-plan de notre amour commun des ombres et du merveilleux, il y avait l'ambiance de la ville que nous habitons : l'antique Arkham, pleine de légendes, d'enchantements et de sorcellerie. " ( extrait de " Le monstre sur le seuil " - H.P.Lovecraft )
Bien que A.Breccia soit dessinateur de bande-dessinée, il s'agit plutôt ici d'un roman graphique ( malgré le découpage par cases de l'illustration ) tant le texte prend pleinement sa place. L'adaptation signée Norberto Buscaglia supprime les dialogues au profit du narratif et fait la part belle aux descriptions. Les descriptions de H.P.Lovecraft relatent l'épouvante indicible face aux créatures, il laisse libre notre imagination. Ce que respecte A.Breccia, livrant des planches de clair-obscur, de formes suggestives.
Le déploiement graphique est impressionnant. La lecture de l'image est exigeante, dérangeante aussi. Le dessinateur parvient à mêler les techniques et les genres, à varier les approches et le style pour chacun des récits, tout en préservant ce principe du suggestif, accentuant le sentiment d'étrange, l'angoisse latente, ce malaise informe, puis d'horreur, par le décalage entre la réalité et ce qui se dévoile, au-delà de l'humain. Certains dessins sont hyper réalistes tandis que d'autres relèvent presque de l'abstraction.
Je n'ai pas été étonnée de lire que le travail d'Alberto Breccia a influencé celui de l'illustrateur Dave McKean, tous deux font preuve de créativité et d'éloquence graphiques. L'image joue de l'impression; impression sur le lecteur et impressions techniques, effet de lumières, effet de matières. On distingue des ombres, des silhouettes, sur les décors plus fouillés qu'il n'y paraît au premier regard. Du photomontage, du collage, du monotype ( technique de l'estampe ) comme du pochoir parfois sur le trait précis qui s'inscrit sous le pinceau déclinant les camaïeux de gris. Il faudrait voir les originaux ou ces planches en grand format.
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Alberto Breccia a également illustré les nouvelles d'Edgar Poe, le Dracula de Bram Stocker, Le Nom de la Rose d'Umberto Eco...
- Sur le site des éditions Rackham, il est possible de télécharger un extrait de l'album ICI et de lire une biographie d'Alberto Breccia ICI -
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Commentaires
1 maggie Le 02/11/2018
2 Marilyne Le 02/11/2018
3 Alys Le 04/11/2018
4 Marilyne Le 05/11/2018
5 sentinelle Le 05/11/2018
6 Marilyne Le 06/11/2018